La Résolution 2797 , une épreuve de vérité pour l’Algérie... 27
La résolution 2797 du Conseil de sécurité a incontestablement marqué un tournant dans le dossier dit du Sahara. Le plan d’autonomie marocain n’est plus simplement qualifié de « sérieux et crédible » comme dans les résolutions précédentes ; il devient le cadre central autour duquel la communauté internationale souhaite désormais organiser la solution politique. Ce basculement diplomatique n’est pas anodin. Il signifie que cinquante ans de stratégie algérienne autour du Polisario arrivent à une impasse historique.
Lors d’une récente intervention, le ministre algérien des Affaires étrangères a tenté d’introduire un récit quasi nouveau : celui d’une Algérie pacifique, attachée au dialogue et aux négociations, tout en esquivant la responsabilité essentielle de son pays dans ce conflit artificiel. Cette nouvelle narration surprend au regard de l’histoire réelle des relations maroco‑algériennes depuis l’indépendance de l’Algérie. Pendant plus d’un demi‑siècle, le Maroc a vécu sous une pression sécuritaire permanente à ses frontières orientales, contraint de consacrer une part considérable de ses ressources à sa défense au détriment de nombreux secteurs.
Le conflit du Sahara n’a jamais été une simple opposition entre Rabat et le Polisario, comme le prétend Attaf. Dans toutes les capitales du monde, on sait que le Polisario n’existerait ni militairement, ni diplomatiquement, ni financièrement sans le soutien massif de l’Algérie. Les camps de Tindouf se trouvent sur le sol algérien, l’armement provient historiquement d’Alger et la diplomatie algérienne a fait de ce dossier l’axe central de sa politique étrangère depuis les années 1970. Les résolutions onusiennes récentes reconnaissent implicitement le rôle déterminant de l’Algérie dans ce conflit en l’associant directement au processus politique.
L’histoire des relations entre les deux pays explique largement la défiance qui doit animer le Maroc. Dès l’indépendance algérienne, les tensions frontalières apparaissent rapidement malgré le soutien considérable accordé auparavant par le Maroc à la lutte anticoloniale algérienne. Le territoire marocain avait servi de base arrière au FLN ; les dirigeants algériens y trouvaient refuge, financement et soutien logistique. Pourtant, à peine indépendante, l’Algérie, placée dans la mouvance des régimes militaires arabes, provoque la guerre des Sables en 1963 contre le Maroc. La logique de confrontation est alors durablement installée et la rivalité devient structurelle. Le régime algérien, construit autour du pouvoir militaire, cherche à s’imposer comme puissance régionale dominante au Maghreb et en Afrique. Dans cette logique, le Maroc apparaît comme un concurrent historique et stratégique à contenir. Le Sahara devient alors le levier idéal : un conflit coûteux et interminable est activé pour user le Maroc économiquement, diplomatiquement et militairement.
Pendant des décennies, Alger a investi des milliards de dollars dans cette confrontation. D’importantes ressources issues des hydrocarbures ont été mobilisées pour financer une guerre diplomatique mondiale, armer le Polisario, obtenir des soutiens politiques et maintenir un appareil de propagande coûteux. Pendant ce temps, les peuples d’Afrique du Nord ont payé le prix de cette fracture : frontières fermées, intégration économique en panne et échanges paralysés.
La résolution 2797 change donc profondément les paramètres du dossier. Le Conseil de sécurité considère désormais l’autonomie marocaine comme « la solution la plus réaliste et viable ». Les grandes puissances occidentales soutiennent explicitement cette orientation. Même les abstentions russe et chinoise traduisent une évolution importante : aucune grande puissance n’a voulu s’opposer frontalement à cette nouvelle dynamique. La résolution constitue surtout un basculement diplomatique et stratégique majeur qui place désormais le plan marocain au centre du processus politique.
Pour le Maroc, cette évolution représente une victoire diplomatique considérable obtenue après des décennies d’efforts et de patience. Le Royaume a multiplié les partenariats économiques africains, renforcé ses alliances occidentales et développé les provinces du Sud à grande vitesse. Routes, ports, investissements énergétiques, infrastructures sportives et projets industriels ont transformé la région. Cette dynamique a progressivement convaincu de nombreux États que la stabilité régionale passe désormais par une solution pragmatique fondée sur la souveraineté marocaine.
L’Algérie, elle, semble aujourd’hui chercher une porte de sortie honorable. Mais une question demeure : peut‑on tourner la page si facilement sans qu'elle ne reconnaisse ses responsabilités historiques dans un conflit qui a profondément déstabilisé la région ?
Pour de nombreux Marocains, le problème n’est pas uniquement territorial ; il est aussi mémoriel et stratégique. Les blessures accumulées depuis les expulsions massives de Marocains d’Algérie en 1975, les tensions militaires permanentes, la fermeture des frontières, les propos injurieux quasi quotidiens dans les médias officiels algériens à l’égard du Royaume et la guerre diplomatique incessante nourrissent un profond ressentiment.
La question des réparations morales, politiques et territoriales revient donc régulièrement dans le débat public marocain : réparation pour les vies perdues, pour les ressources englouties dans une confrontation imposée, pour les décennies perdues par tout le Maghreb. Les Marocains n’ont pas oublié les territoires spoliés au profit de l’Algérie française. Cela est documenté et archivé. Derrière le conflit du Sahara, c’est aussi l’échec historique de la construction maghrébine qui apparaît.
L’avenir dépendra désormais de la capacité d’Alger à reconnaître et assumer ses responsabilités et à accepter le nouveau rapport de forces régional. Le monde change. Les États recherchent aujourd’hui stabilité, corridors commerciaux, sécurité énergétique et coopération stratégique. Les logiques « révolutionnaires » et idéologiques héritées de la guerre froide ont perdu leur influence. Elles n’ont apporté que des malheurs là où elles se sont imposées.
Le Maroc apparaît de plus en plus comme un acteur régional stable, connecté à l’Europe, à l’Afrique et au monde atlantique. La dynamique diplomatique actuelle lui est favorable. Mais la paix durable au Maghreb exigera plus qu’une victoire diplomatique. Elle nécessitera un véritable changement de doctrine politique à Alger: abandon de la logique de confrontation, acceptation du principe de réparation, reconnaissance des réalités géopolitiques nouvelles et instauration d’une coopération régionale fondée sur les intérêts des peuples plutôt que sur les réflexes de son appareil militaire.
Au fond, le véritable enjeu dépasse le Sahara. Il s’agit de savoir si le Maghreb peut enfin sortir d’un demi‑siècle de rivalités stériles pour devenir un espace de prospérité et de puissance collective. Cela dépend désormais du peuple algérien.